blebul1d.gif (1048 octets) L'éducation physique et l'enfant blebul1d.gif (1048 octets)

Constats et propositions. Olivier Pauly

 

Les constats :

 ê L’age de l’école maternelle et primaire (3 ans à 12 ans) est la période durant laquelle se construit en grande partie le schéma corporel de l’enfant. C’est un moment très favorable pour l’éduquer physiquement, socialement, mettre en place les savoirs fondamentaux, éduquer sa santé et son hygiène. Selon de nombreuses recherches il est également acquis que c’est la période critique (6 à 12 ans) pour le développement de la coordination, de la souplesse, de la vitesse de réaction, de la vitesse gestuelle et de la fréquence des mouvements. Les adultes doivent donc soigner tout particulièrement les enseignements durant cette période critique (voir R. Paoletti, Education et motricité, p. 37 – 38 et 76 - 79).

 ê Depuis plusieurs années un constat alarmant est dressé concernant la santé de nos enfants. L’augmentation de l’obésité et une hypotonie générale sont relevées par les professions de santé et d’éducation.

 ê Une profession est en pleine expansion, il s’agit des orthophonistes. En effet de plus en plus d’enfants consultent pour des difficultés de lecture et d’écriture (dyslexie). Beaucoup confondent des lettres telles que le b et le p, le b et le d, le p et le q. Il est aujourd’hui couramment admis qu’il existe un lien très étroit entre la maîtrise de son corps, des différentes dimensions de l’espace et des apprentissages fondamentaux tels que la lecture, l’écriture, le calcul (Voir R. Paoletti). Souvenons nous de Faust (Goethe) : « au début était l’action ».

 ê L’éducation physique en primaire est un désastre. Bien sur il y a des textes, des programmes mais qui ne sont que très rarement mis en œuvre et respectés. Ces textes imposent l’éducation physique à raison de 30mn par jour en petite section maternelle, 45 à 50mn par jour en grande section, et 3 heures par semaine en cycles 2 et 3. Nous en sommes très loin dans l’écrasante majorité des cas ! Les professeurs des écoles sont souvent pas assez et / ou mal formés, et pour beaucoup pas intéressés. Les différents ministères ont tous évoqué les savoirs fondamentaux : lire, écrire, compter ; mais le corps et la culture physique n’est semble-t-il plus une préoccupation fondamentale !

Quelques exemples entendus et vécus en primaire :

-         On ne fait pas le créneau de « sport » (1ère erreur !) parce que l’on n’a pas fini les mathématiques. L’inverse est-il vrai ?

-         Punition : 15mn de course pour vous calmer. La course n’est donc qu’une punition !

-         Pas d’EP parce que je vous ai laissé 15mn de plus de récréation. Cela remplace-t-il l’EP ? Qui est le plus gagnant, l’élève ou le professeur ?

-         Nous n’en faisons pas parce que nous n’avons pas assez de matériel et d’installations. La volonté et l’imagination ne suffirait-elle pas dans certains cas ?

Lu dans un livret scolaire d’évaluation au primaire dans la rubrique Education Physique :

-         Gymnastique : * Fait l’appui tendu renversé

 * Fait l’équilibre sur les mains

Quelle est la différence ?!

 - Sport individuel : * Est capable d’effort intense : qu’est ce que ça veut dire ?

* Est capable de performance en saut en hauteur, saut en longueur, triple saut, 50m : Quelle performance, bonne ou mauvaise ? Je suis heureux d’apprendre que le triple saut par exemple peut être considéré acquis (c’est le terme employé pour l’évaluation) en CE2. Que va-t-il apprendre jusqu’en terminale ? Jonathan Edwards n’a qu’à bien se tenir !

 -         Sports collectifs : * connaît les règles du Foot Ball, du Basket Ball, du Hand Ball

* est capable d’arbitrer

 * est bon joueur ( ?)

* coordonne ses gestes

* possède le sens du jeu (démarquage)

Tout ça est noté acquis pour l’élève. Remarquable, surtout quand on connaît la complexité de la chose et le peu de temps de pratique.

 Tout cela est ridicule. La simple évocation et évaluation de disciplines sportives spécialisées révèle déjà une erreur fondamentale. On veut faire du sport, alors que l’on n’a pas fait l’éducation physique. L’imprécision dans les objectifs, les critères d’évaluation, toutes ces confusions révèlent en fait la non maîtrise, la non réflexion, la non réalisation correcte de ce que devrait être l’éducation physique de l’enfant. C’est honteux. En comparaison le même livret scolaire est beaucoup plus précis en ce qui concerne l’apprentissage de la lecture, écriture, calcul. Les étapes sont bien identifiées, contrôlées, les contenus sont adaptés. Cela prouve le peu d’efficacité et le peu d’intérêt pour notre éducation physique.

La base de la pyramide est mal construite, comment voulons nous la faire tenir debout ?

ê « L’accidento-phobie » :

On a peur de tout, chacun évoque ses responsabilités, du coup on ne fait plus rien, ou presque…

Tout ce qui pouvait inciter l’enfant à se servir de son corps est aujourd’hui supprimé sous prétexte de danger. Interdit de grimper, de se suspendre, pas de cordes, de barre fixe, dans certains cas même les ballons sont interdits de cour de récréation ! Où est-ce que les enfants font le cochon pendu aujourd’hui ? Chut, je vous le dit en secret, autour des mains courantes des stades. Va-t-on les supprimer bientôt ? Le livret d’évaluation évoqué précédemment parle  d’escalade avec comme critère : grimpe en haut du mur du préau ! Soyons sérieux, y a-t-il plus d’accidents qu’avant ? Sont-ils dus aux dangers des installations ou au fait que les enfants ne font plus rien et ne maîtrisent plus leur corps ? Le risque est partie intégrante de la vie, ne pas y être confronté (de manière raisonnée et contrôlée évidemment) c’est ne pas apprendre à le maîtriser. Tout n’est finalement qu’un problème de responsabilités dans un monde de plus en plus procédurier.

 ê La mauvaise éducation physique du primaire prépare le terrain du collège et lycée. Le profil moteur d’un élève de la 6ème à la terminale n’évolue pratiquement pas. Ils font, dans bien des cas, du mauvais sport et pas d’éducation physique. Du coup, à 20 ans certains frôlent la débilité psychomotrice et le handicap physique. Mais on continue à faire de la démagogie, à ne pas froisser parents et enfants, on met des bonnes notes qui font croire que… On note la gestion, les savoirs d’accompagnement, etc… et le faire, la performance ?!

En 99-2000 à l’UFRSTAPS de Nice 48% des étudiants entrant en DEUG STAPS n’arrivaient pas à nager 5mn sans s’arrêter ! Que voulez vous gérer ? Une majorité de ces étudiants ne connaissent pas et ne contrôlent pas leur corps. Du coup ils n’arrivent pas à faire des exercices de coordination accessibles après quelques séances à des enfants du primaire.

 ê Le sport de haut niveau est demandeur d’une éducation physique de base, de la maîtrise d’une motricité générale, d’une éducation (quand ce n’est pas une rééducation) du schéma corporel. Savoir contrôler toutes les parties de son corps dans toutes les dimensions de l’espace. Nous avons d’ailleurs à ce titre été sollicité pour une intervention à l’INSEP auprès des professeurs de sports, responsables de pôles, entraîneurs nationaux, dans de multiples sports. Le constat était unanime, la demande générale.

 

A qui la faute ?

 -         Politique : rien ne change, il faudrait des mesures draconiennes. Qui osera placer des profs d’éducation physique en primaire (spécialistes de l’enfant et de la motricité), quitte à ne plus en faire au lycée ! Pour information, la Ville de Paris possède son corps de professeurs spécialisés en EP et qui interviennent dans les écoles primaires. Le recrutement se fait à un niveau Bac + 3. Ce n’est pas le cas dans la plupart des municipalités. On place alors des intervenants extérieurs, souvent des jeunes, mal formés, pas préparés à s’adresser à des enfants avec toutes leurs spécificités. C’est souvent le joueur d’une équipe locale que l’on a sorti (du moins le croit-on !) des problèmes sociaux en lui donnant un poste mairie (ou pire un emploi jeune). Avec toute sa bonne volonté il n’est souvent pas spécialiste de la motricité et de l’éducation physique, parce qu’il n’a pas le recul et la formation nécessaire. Conclusion il fait encore une fois du mauvais sport (et pas de l’EP), non adapté au public du primaire, et….du recrutement pour le club local qui continuera sa spécialisation précoce dramatique.

 -         L’inspection : Quelles mesures contre les écoles qui n’appliquent pas les textes ? Tout le monde le sait et personne ne dit rien. Aurait-on peur des syndicats ?

 -         Les syndicats justement : Quand est-ce qu’on s’intéresse au vrais problèmes, l’enfant, son éducation ? et qu’on laisse de côté ses petits avantages syndicaux. La semaine de 4 jours pour qui est-ce que c’est le mieux ? les profs ou les élèves ? L’éducation ou l’économie ? Toutes les études sur les rythmes biologiques nous révèlent les erreurs considérables en ce domaine. Les statistiques nous le disent, la France est un des pays au monde qui a les programmes les plus chargés avec un temps d’apprentissage le plus court. Nos élèves sont-ils plus brillants que les autres, nos ingénieurs plus compétents, nos scientifiques plus pointus ?!

 -         Les parents, qui laissent regarder bêtement et passivement des programmes de télé imbéciles qui font croire que l’on peut gagner sans rien faire : on gratte on gagne, on répond à 5 questions débiles et on gagne, etc…et les valeurs d’effort, de talent, de travail dans tout ça ?! Leur motricité manuelle est souvent très fine me direz vous, normal avec le temps passé à jouer à des jeux électroniques. Et quand il auront faim ils s’empiffreront avec n’importe quoi. C’est plus facile que de s’en occuper vraiment. La démission commence au foyer sur les valeurs de l’éducation. Par contre on s’insurge lorsqu’une municipalité instaure une interdiction pour les enfants de moins de 14 ans d’être seuls dehors après 22 heures.

 -         Les enfants de la génération « zapping » qui ne font plus d’efforts. On essaie et au premier écueil on zappe. La persévérance a disparue, du coup on essaie tout et on n’arrive à rien. Ce sera pareil pour les études, après 2 ou 3 années dans des facultés différentes on ne saura toujours pas vers quoi on va. L’orientation est de plus en plus tardive, témoin d’une responsabilisation qui s’émiette.

 -         Les enseignants, démotivés, démobilisés, désengagés, mal formés, en proie à des soucis qui ne sont plus ceux de l’enseignement : la violence, la gestion des installations, les groupes nombreux, le manque de respect, de soutien, mais aussi le manque de vocation, de passion, d’abnégation. Certains sont là pour les vacances, le fonctionnariat…

  

Quelles solutions ?

 Rêvons un peu

-         Un corps spécialisé d’enseignants en primaire, spécialistes de motricité et d’EP avec des enfants. Voir carrément en maternelle, avec des jeux qui éveillent les sens, qui permettent de sentir et de découvrir toutes les parties de son corps (bras, jambes, pied, dos…).

-         Une formation spécifique avec des enseignants spécialistes au sein des UFRSTAPS et des IUFM. Attention, une formation concrète, pratique, axée sur la connaissance des besoins et moyens de l’enfant, mais connaissant également parfaitement quel adulte doit être formé.

-         Des fédérations sportives qui développent des programmes de formation adaptés aux populations de jeunes. Former des éducateurs spécialistes du baby gym, du baby basket, de l’école d’athlétisme, et qui justement ne feront pas que de la gym, du basket ou de l’athlétisme, mais une éducation physique générale orientée vers… Il faut proposer une formation et une rémunération à ces éducateurs, mais avoir des exigences. Le bénévolat est mort et vouloir à tout prix le perpétuer nous conduit à accepter une certaine forme d’incompétence, mais…gratuite.

-         Des municipalités qui s’engagent sur des projets ambitieux alliant éducation, intégration, formation professionnelle, santé. La collaboration avec des structures existantes telles que les clubs sportifs, les maisons des jeunes, l’USEP, doit aboutir à la mise en place de structures de formation et d’animation favorisant une culture physique et sportive ludique, variée, riche et constructive, mais également à une éducation civique, de l’hygiène et de la santé. Une école de la vie quoâ !

-         Des parents responsables, qui donnent naissance à des enfants responsables.

-         Evidemment, un lien entre tous ces acteurs et un statut pour chacun d’eux. Mais attention, des exigences, pas de système de fonctionnariat bête et méchant. Valoriser les gens dynamiques, qui prennent des initiatives, qui font aboutir des projets.

 Je sais, c’est plus facile à dire qu’à faire. Un petit côté Don Quichotte, provocateur sans doute, un brin d’utopie. « C’est justement la possibilité de réaliser un rêve qui rend la vie intéressante » (P. Coelho, L’alchimiste).

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